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L’empire des geeks

Mardi, juillet 21st, 2009 | Pensées profondes | Un commentaire

Je me demande encore pourquoi je n’ai pas pensé plutôt à vous faire partager ce texte, que j’ai composé dans le cadre d’un exercice imposé par mes études : l’objectif était de prendre nettement position sur un thème à choisir parmi plusieurs grandes catégories, dont les nouvelles technologies. Après diverses errances sur des thèmes bateaux, j’ai finalement pris le parti de dire, joliment et en enrobant, ce que je pensais vraiment. Et ce que je pense vraiment a plutôt bien sa place ici.

De nos jours, la technologie est omniprésente dans notre quotidien, qu’il s’agisse de l’activité professionnelle ou scolaire, ou de la vie privée. Où que nous nous trouvions, des objets sont là pour nous rappeler l’étroite dépendance que nous entretenons avec les fruits de l’innovation humaine. Dans les dernières décennies, les nouvelles technologies de l’information et de la communication ont envahi le paysage de notre quotidien, et il devient de plus en plus rare que la circulation de données quelles qu’elles soient, se fassent sans elles. Aussi la façon dont nous vivons, dont nous travaillons, dont nous agissons, est déterminée en partie par notre rapport à la technologie.

Or, il existe dans nos société une catégorie de la population qui a fait de cette relation à la technologie une fin en soi, une occupation permanente et une priorité absolue. Désignés sous le terme souvent péjoratif de geeks ou nerds, ces individus se caractérisent par leur passion pour tout ce qui a trait à la science et aux nouvelles technologies. En effet le terme, qui désignait d’abord un passionné au sens large (et généralement quelqu’un qui néglige ses relations sociales au profit de sa passion), s’applique désormais essentiellement aux utilisateurs assidus de l’informatique et de ses réseaux. Connectés en permanence ou presque, les geeks passent l’essentiel de leurs temps sur leur (ou leurs) ordinateur(s) où ils reçoivent, via leur connexion Internet, un flux permanent et volumineux d’information. Dès qu’une nouvelle information, quelle qu’elle soit, se met à circuler sur Internet, ils sont parmi les premiers à la recevoir, et, immédiatement, à la commenter, la véhiculer, la parodier, etc. Ainsi, dans la classification de la participation des internautes établie par l’étude « Social Technographics » du cabinet Forrester, les geeks sont presque toujours dans les derniers niveaux, parmi les critiques et les créateurs de contenus : ils ont donc une utilisation active et productive d’Internet et de ses contenus.

Ce sont donc les utilisateurs par excellence d’Internet, qu’ils consultent chez eux, mais aussi sur leur ordinateur portable, leur téléphone mobile… Leur activité scolaire ou professionnelle est généralement directement liée à cette passion. Le lien avec les réseaux est donc quasi-permanent. De ce fait, ce sont eux qui modèlent le visage d’Internet, grâce à la conjugaison d’un fort attrait, d’une compétence élevée et d’une présence forte. Il est à noter que le sens du mot « geek » ne doit pas se limiter à la caricature de l’étudiant en informatique passant ses journées seul sur son ordinateur sans aucune relation sociale (on parle alors de nolife, « qui n’a pas de vie ») : le geek se caractérise de fait par l’intensité et la qualité de son rapport aux nouvelles technologies. Ainsi, les grands bloggeurs par exemple – par « grands » j’entends « connus et ayant une forte audience » – entrent parfaitement dans ma définition du geek.

Peu visibles dans la vie « réelle », il forment sur Internet une communauté qui s’identifie par un ensemble de références communes, de pratiques et d’habitudes. Cette communauté n’est pas seulement utilisatrice d’Internet mais la reflète, en parle, et questionne la virtualité de cette « vie parallèle » où l’activité, le temps passé, sont pour elle bien réels. Car ce qui se passe sur Internet devient une vie en soi : on y échange, on y apprend, on y partage, et y agir devient une finalité. Ainsi les flux d’information qui circulent au sein de cette communauté n’ont plus pour objet l’actualité, la « réalité », mais Internet lui-même et ses mécanismes. Les échanges entre geeks sont centrés sur une forme de « méta-information », un ensemble de données et de références qui constituent un « méta-Internet. » Par exemple, le webcomic xkcd.com illustre bien cette capacité de la communauté geek à utiliser les références Internet communes et à leur donner un nouveau sens, un nouveau contexte. On observe ainsi plusieurs tendances majeures : celle qui vise à associer plusieurs références, celle qui parodie une référence, et celle qui imagine cette référence dans la vie réelle.

wikipedian_protester Lempire des geeks

Ainsi, dans l’image ci-dessus, on voit une référence au fonctionnement de Wikipédia, avec la mention « citation needed » (« référence nécessaire » en français) qui est utilisé lorsqu’une information présente sur une page Wikipédia est donnée sans source. Ici, le principe est tranposé dans la vie réelle : un orateur s’exprime lors d’un meeting et une personne dans l’audience brandit un panneau contenant la formule « référence nécessaire » − en bleu souligné, comme les liens hypertexte. L’image reprend ainsi un des thèmes majeurs de la culture geek : la comparaison entre Internet et la réalité, sous-tendue par la question « et si ça se passait comme sur Internet dans la vie réelle ? »

Pour un geek, Internet n’est pas un outil, une façon d’accéder à des contenus ; c’est une fin en soi, un « lieu » ; être sur Internet est une activité en soi, quoiqu’il y fasse. De même, par flux d’information, le geek ne veut pas dire : la même chose que dans la vie réelle (presse, radio, télévision), mais sur Internet. Les journaux en ligne, les sites de podcast, etc., sont pour lui secondaires par rapport aux applications Web natives d’Internet, qui n’aurait pas pu exister sans Internet et dont la structure est inhérente à la construction même d’Internet. Le geek se distingue ainsi par son usage d’Internet, même lorsqu’il fréquente les mêmes sites que les utilisateurs « normaux. » Reprenons par exemple le cas de Wikipédia. Une personne normale consultera le site comme elle consulterait une encyclopédie papier, en cherchant une entrée pour y recueillir des informations. Au contraire, le geek n’aura pas ce comportement utilitaire. D’abord, il est souvent contributeur et possède un compte : il s’y rendra en s’identifiant sur le site, comme on consulte sa boîte mail, puis consultera la liste des tâches qui lui sont imparties. Ensuite, il ne viendra pas pour une recherche précise mais par curiosité : il choisira un sujet au hasard (généralement lié à la culture geek), puis ira de lien en lien, et, quelques heures plus tard, aura totalement dérivé de son point de départ. Parallèlement, il peut utiliser Wikipédia comme correcteur orthographique (en recherchant un mot et en vérifiant s’il existe), comme traducteur (en basculant d’une langue à une autre sur la même page), ou encore comme alternative à la conversation (si quelqu’un lui parle de quelque chose qu’il ne connaît pas, il ira voir sur Wikipédia au lieu de demander une explication.) On voit ainsi que les usages sont infinis et sans rapport avec des comportements observables en dehors du virtuel. Les exemples de phénomènes Internet, de contenus typiques, de dérives linguistiques (plusieurs geeks dialogant entre eux sont généralement incompréhensibles à un « profane »), de comportements propres, sont innombrables, mais demeure toujours cette caractéristique : celle d’envisager les NTIC et Internet comme une fin en soi.

En conséquence, le geek se présente comme la catégorie d’individu qui a un usage idéal d’Internet, adapté à sa structure et son essence. Parallèlement, on note aujourd’hui que le virtuel a pris une place croissante au sein de la société, et que de plus en plus d’activité se font exclusivement ou presque sur Internet. Il devient possible de vivre, travailler, se nourrir, se loger, sans sortir de chez soi. L’informatisation des grands organismes, des administrations, des services, s’intègre dans une tendance globale où Internet est devenu vital (car les points d’accès non virtuels ont été supprimés) et où sa suppression signifierait une crise extrêmement brutale de l’activité sociale et économique mondiale. Dans ce contexte, ma thèse est que les geeks détiennent aujourd’hui les compétences qui seront indispensables demain : ils sont les hommes et les citoyens de l’avenir. De la même manière que les premiers hommes ont dû apprendre à survivre dans une nature hostile pour exister, les geeks ont conquis la « jungle » de l’Internet. Ils sont déjà entièrement convertis au virtuel là où même les digital natives font encore leur transition. Il ne s’agit pas seulement de compétence mais du rapport même à ce « monde parallèle », auquel les geeks confèrent une importance et un degré de réalité, d’authenticité, nettement supérieur aux non-geeks. Vivant sur Internet une partie considérable de leur temps, cette dimension n’est pas proprement virtuelle pour eux : leur évolution suit de près la dématérialisation de l’économie et de la société, et sont donc au coeur des enjeux pré-existants aujourd’hui et cruciaux demain.

[ici un paragraphe lèche-cul sur l'intérêt de mes études par rapport au point de vue traité]

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Les nouveaux cours de la bourse.

Jeudi, décembre 18th, 2008 | Radio-paranoia | 4 commentaires

Une fois n’est pas coutume, il m’arrive d’entendre mon réveil, de me lever tôt le matin et de me réveiller avec les infos du jour. Eh bien aujourd’hui, j’aurais préféré dormir.

Outre le mouvement lycéen dont je ne sais que penser ni ce qu’il va devenir (certains pensent déjà à un mouvement européen proto-révolutionnaire, d’autres, bah, s’en foutent), le flash de 7h n’était pas pour me plaire.

Il y a une semaine, le gouvernement annonçait la hausse du plafond des bourses du CROUS, qui passe de 27 000€ à 32 000€ par an (2250€ et 2666€ par mois.) Ce qui m’a souverainement fait hausser les épaules : c’est très gentil, ça va encore coûter de l’argent, et bon sang, si je pouvais vivre avec 2600€ par mois, même à deux, je serais drôlement contente. Si on est pauvre avec des revenus pareils, je me demande ce que je suis.

Non, en fait, ça me fout en rogne. Y’aura toujours des gens pour me dire “oh, mais, dis donc, tu exagères, quand on élève plusieurs enfants on n’a pas trop de 32 000€ par an.” A un argument pareil, je réponds tout aussi bassement qu’il y a des gens qui font la même chose avec un SMIC. Histoire de vous faire relativiser un peu.

Non parce que, de mon côté, c’est tout de même drôle ce qui m’arrive. J’ai déposé un dossier de demande de bourse en janvier 2008. En septembre, sans nouvelles du CROUS, je suis allée les voir, pour apprendre qu’ils avaient tout bonnement perdu mon dossier, et m’affirment ne jamais l’avoir eu. Ouais, faut que j’ai une discussion avec mon double schizophrène, j’imagine. C’est là qu’intervient l’un des dialogues les plus surréalistes auxquels il m’ait été de participer, et, je n’aime pas spécialement faire étalage de ma vie, mais là, bon sang, ça vaut le coup.

“Voilà, alors il faut que vous complétiez un dossier [un nouveau dossier, pensé-je intérieurement], pour lequel il vous faudra blablabla [...] et une déclaration de revenus de vos parents.
- Euh, mon père est mort et ma mère a disparu au Brésil, j’ai pas de déclaration de revenus de mes parents [là, je rigole, intérieurement toujours]
- Il en faut quand même une.
- …
- …
- Euh ouais, ben, bonne journée, au revoir.”

Donc voilà. Le système des bourses est tellement bien fait en France que, lorsqu’on n’a aucun revenu, on ne peut pas en bénéficier. C’est chouette hein ? Mais revenons-en à France Inter. Or donc, augmentation du plafond des bourses. Et hier, notre Président de la République annonce qu’il compte porter la proportion de boursiers dans les classes prépa à 30%. Et alors là, je rigole. Parce que j’y étais, en prépa, et si on était trois boursiers par classe, c’est beaucoup. Mais évidemment, super-Sarkozy a une solution pour tout : vous voulez plus de boursiers en prépa ? Facile, augmentez le nombre de boursiers ! Mettez-les en échelon 0 (pas de frais de scolarité dans l’enseignement public, mais pas de versements mensuels) pour que ça coûte pas trop cher. Avec la fourchette 27 000-32 000€, vous touchez pile poil les classes moyennes, la plus sensible aux petits cadeaux du gouvernement. Non seulement vous passez pour le Père Noël, mais en plus vous avez des chances de remplir vos objectifs.

Alors, évidemment, les médias n’ont pas mis en relation les deux informations. La première a été diffusé de manière assez modérée, je n’arrête pas d’entendre parler de la seconde. Et voilà un nouvel exemple de ces “comme par hasard” médiatiques.

D’ailleurs, au passage, le même flash info, évoquant les droits des homosexuels dans le monde, a décrit l’homosexualité comme un choix. Alors là, bravo. Pour une fois que l’on a un terme plutôt bien choisi, et conventionnel, celui “d’orientation sexuelle”, il faut parler de choix. Que l’homosexualité soit un choix, ça paraît chouette, mais quand même, j’ai des doutes. Parce que, dans ce cas, quid des bisexuels ? Des indécis, qui ne savent pas choisir ? Des goulus qui ne savent pas ce qu’ils veulent ? Des hybrides, des doubles hérétiques ? [oui, je rappelle au passage que le mot "hérésie" vient du grec haireo qui veut dire choisir, et c'est ma joie.] Je crois que je ne préfère pas savoir.

D’aucuns diront que je pinaille, mais il y a un proverbe anglais qui dit “God is in the details.” Alors Dieu, je m’en fous, mais laissez moi mon gode.

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Machin qui sert à rien.

Truc qui sert à rien non plus (mais qui est marrant quand même.)

Latest on Fri, 12:07 am

Julien: Bonjour je suis le dépanateur, je viens pour te déboucher le tuyau et je suis nu sous mon bleu de travail

Who: Pangolin d'igloo! ♥

dafeen: ouais salut c'est pour déboucher le tuyau, parce que si tu tombes en rade de batterie, le blog est down. et nous on veut pas [...]

Dus: Fake !

AlexAxe: Greatings, Thanks for article. Everytime like to read you. Have a nice day AlexAxe

Anankè: Je ne suis pas méchante, voyons, je suis lucide.

David: Mais, mais... Pourquoi es-tu si méchante?

Phiip: Ah, c'est marrant ce machin.

GlenStef: Hello, I have already seen it somethere... Thank you GlenStef

sebastien: Je viens de découvrir ce blog qui me semble fort sympathique, mon blog; sebousk.over-blog.com A bientôt ? ;-)

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Bidule pour faire joli.

Rue nocturne Calle amor dei amici Ecole Harmonie rouge. P4170089 Calme. Les galets