Pensées profondes

La philosophie de l’absurde chez Heidegger

Samedi, mars 20th, 2010 | Pensées profondes | Pas de commentaire

Avertissement : toute ressemblance avec de vrais articles de Wikipédia ou de vrais philosophes n’aurait rien d’accidentel.

Ceux qui me connaissent bien auront remarqué que je vis actuellement sur un fuseau horaire qui correspond sans doute à l’emplacement présumé de l’Atlantide. Ces horaires plutôt libéraux m’ont laissé le loisir de me documenter amplement sur des sujets aussi variés que les problèmes budgétaires des derniers épisodes d’Evangelion, le pluriel de l’expression « numerus clausus » ou les diverses hypothèses cherchant à expliquer la disparition des Néandertaliens de notre continent. Ajoutez à cela divers synonymes de « lesbianisme » et des gifs animés de petits Hitler pédophiles, et on comprendra que l’Atlantide est de toute évidence coincée quelque part entre 4chan et Wikipédia.

C’est donc avec beaucoup de soulagement que me vint, par une nuit profonde, un rêve étrange et pénétrant où un Inca, descendant des Atlantes, vint à moi et me dit « prends ce livre et lis-le. » A vrai dire, je crois que j’ai inventé ça aussi, mais toujours est-il que j’ai pioché un livre au hasard dans ma bibliothèque pour me sortir de ce traquenard.

Ce furent les Essais et Conférences de Martin Heidegger, que je n’avais jamais lus, bien heureusement pour mon équilibre personnel. Je gardais en effet de mes cours sur Heidegger un souvenir confus de mots traduits du grec en passant par l’allemand, avec beaucoup de néologismes et surtout des citations d’Hölderlin. Je n’étais pas loin de la vérité.

Au terme de 42 pages de lecture, qui m’auront plongée dans un étonnement mystique proche de ma découverte de l’origine du bukkake, je peux affirmer avec certitude qu’Heidegger est un grand philosophe de l’absurde, et que cette volonté d’absence de sens s’exprime avec force dans ses textes, tant sur le fond que sur la forme.

L’essentiel de la philosophie d’Heidegger repose sur l’ « étantité de l’être en tant qu’être », bien distincts de « l’être des étants », qui n’a bien sûr rien à voir. Nous entrevoyons déjà le sens de l’absurde heideggerien avec cet hêtre des étangs. Chacun sait que les arbres ne poussent pas dans un étang : il y a des poissons qui feraient mieux de ne pas se passer de bicyclette. Les arbres ne poussent également que rarement dans les temps : ils se traînent, prétendant qu’ils ont du bouleau. Mais visiblement cette obsession de l’arbre et de l’étang n’est pas nouvelle chez les philosophes, puisque déjà en 1714, Leibniz affirmait que « chaque portion de matière peut être conçue comme un jardin plein de plante et un un étang plein de poissons. »

Nous concluons dès à présent que les philosophes n’ont pas vraiment le sens des métaphores.

Fort heureusement, Heidegger prend le soin d’illustrer son propos avec un exemple : ainsi, « l’étantité de l’être en tant qu’être » est nettement mieux intelligible lorsqu’on parle d’arboréité de l’être en tant qu’arbre. Ou de l’arboréité de l’arbre en tant qu’hêtre. A vrai dire je ne sais plus très bien. Mais l’essentiel c’est que ce soit clair, aussi ne nous attardons pas aux détails.

Sur la forme, l’absurde philosophique d’Heidegger s’exprime par un sens très fort du néologisme et de la transformation des mots : ainsi, dans ses textes, le mot « Gestell », qui veut dire « étagère » en allemand, devient un concept imbitable que le traducteur traduit péniblement par « Arraisonnement », sans qu’on soit à vrai dire plus avancé, car Heidegger digresse sur l’étrangeté du langage courant, et fait un petit détour par Platon avant d’énumérer un certain nombre de mots qui commencent aussi par « Ge- » en disant qu’ils veulent dire la même chose, enfin, sur le fond.

Heidegger aime également di-viser les mots avec des tirets sans vraiment donner d’expli-cation à ça. Lorsqu’il est à court d’idée, il case une citation d’Hölderlin. Pour ceux qui ne connaissent pas Hölderlin, c’est un poète métaphysique allemand, ce à quoi il ne faut rien remarquer de redondant. Les citations d’Hölderlin sont très commodes car elles laissent une large part à l’interprétation. Par exemple, une phrase comme
« Mais il est mal avisé que l’aube, ici et demain,
Fleurisse dans la mesure divine de l’Homme. »

pourrait très bien être une citation d’Hölderlin si je ne venais pas de l’inventer.
Toujours est-il que rien ne relance une argumentation comme une citation d’Hölderlin.

Je ne suis pas étonnée qu’Heidegger ait fait le choix des citations d’Hölderlin, car je leur trouve une certaine ressemblance. Heidegger a en effet l’art de pouvoir écrire, sans s’échauffer ni même prendre son élan, une phrase comme « La liberté régit ce qui est libre au sens de ce qui est éclairé, c’est-à-dire dévoilé. » Si l’on remplace quelques mots au hasard, nous avons une belle matrice de phrases à la profondeur insondable comme par exemple « La roulotte régit ce qui est patate au sens de ce qui est trublion, c’est-à-dire onomatopée. »

Je me sens soudainement éclairée, c’est-à-dire dévoilée.

Il faut dire que le traducteur est de mêche : lorsqu’Heidegger se planque dans une citation latine ou grecque, le traducteur fait le mort. Quoi, on ne l’a payé que pour traduire les mots allemands, alors il ne traduit que les mots allemands. Je le soup-çonne d’avoir rajouté quelques tirets de son propre cru, frustré qu’il était de se restreindre, dans ses notes de bas de pages, à mentionner des termes allemands au cas où ce serait plus clair, et à renvoyer à d’autres notes de bas de pages. Il y aurait un jeu de piste là-dedans que ça ne m’étonnerait pas, mais on lui pardonnera car il faut bien s’amuser quand on patauge avec l’hêtre des étangs.

Toujours est-il que je commence à me demander si je ferais pas mieux de retourner me documenter sur les membres de la confédération des syndicats suédois et les origines présumées du Bloody Mary. En espérant être dans les temps.

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Ce que font les filles quand elles vont aux toilettes.

Mercredi, novembre 4th, 2009 | Pensées profondes | 2 commentaires

En moi résonne sans cesse cette question incessamment posée qui siffle sur ma tête comme un serpent silencieux. Oui, parfaitement, je vous le demande : mais bordel de putain de merde, qu’est-ce qu’elles font les nanas quand elles vont aux toilettes ?

Je suis sérieuse. Je ne sais pas vous, mais, moi, en dehors d’une curiosité malsaine qui me pousse à explorer les toilettes de tout bar ou restaurant que je visite, et même à les prendre en photo, ce que j’y fais relève d’une routine naturelle sur laquelle je ne m’étendrai pas (ça tacherait ma robe) et dont l’intensité éventuelle est basée sur la rapidité. En un mot, passer des heures au popo ça me fait chier. Je ne vois pas l’intérêt d’y traîner. De plus, tout un chacun sait que les filles ne font pas pipi. Qu’iraient-elles donc faire aux toilettes, alors ?

Alors, de deux choses l’une, soit les filles font des choses bizarres quand elles vont aux toilettes, mais ça m’étonnerait quand même un peu, soit elles ne font rien mais ça m’étonnerait quand même beaucoup. Ce sont des filles, après tout.

Première hypothèse : les filles font des trucs de filles. A savoir, elles mettent de la lingerie sexy, elles se roulent des pelles, elles frottent leurs tétons contre leurs copines, elles font des petits bruits mignons tandis que des bébés chats léchouillent leur minou, et elles font des batailles de polochons tandis que leurs seins sautillent gaiment. Tout un chacun s’accordera à dire que cette hypothèse est tout à fait convaincante. Je n’ai aucun doute sur le fait que les filles ont en permanence un bébé chat dans leur sac à main pour ce genre de situations (à quoi d’autre pourrait servir un sac à main ?), mais je m’interroge au sujet des polochons. Mes talents de détective sont peut-être insuffisants, mais je n’ai jamais vu de polochon dans les toilettes de filles que j’ai pu visiter, et vous savez pourtant que je les visite toujours. J’ai bien pensé à des polochons gonflables, mais ce serait bien moins confortables que de délicats polochons en plumes, et je ne peux concevoir que des filles puissent condescendre à un moindre confort. A moins qu’elles aient secrètement mis au point, au cours des siècles, des technologies permettant tout bonnement de transformer leur sac à main (après l’avoir préalablement vidé de son bébé chat) en un polochon moelleux quoique percutant.

Deuxième hypothèse : les filles font des trucs de garçons. Ça paraît invraisemblable, mais en même temps, vu qu’elles ne le font jamais en public, ils faut bien qu’elles le fassent quelque part. Ne vous êtes-vous jamais demandé comment elles faisaient pour s’en passer ? Voilà. Donc, Une fois passée la porte des toilettes, elles jouent à PES en matant des hentai, pètent, rotent, boivent des bières, vomissent partout, laissent traîner des slips sales, et ne rabaissent pas la lunette des toilettes. Ensuite, remettant tout en place car ce sont tout de même des filles, elles s’en retournent à table, apaisées, siroter leur panaché light aux fruits rouges. Défaut de cette hypothèse : les toilettes disposent la plupart du temps d’une télé mais pas de câble HDMI.

Troisième hypothèse : tandis que le jour décline lentement et que seule la lumière d’une bougie qui agonise lentement éclaire faiblement mes mains traçant ce que ma pensée dessine, je commence à acquérir la certitude que mes recherches sont dans une impasse. Si les Maïas ont tracé le triangle des Bermudes, d’où venaient les aliens de la zone 51 ? Auraient-ils détruit les Twin Towers en subissant l’agonie de l’épice ? Je sens que l’oeil de Sauron pèse chaque instant plus lourdement sur mon compas dans l’oeil, et la maladie d’amour m’envahit peu à peu. Dans cette tempête intérieure, une vérité commence à se dessiner : tout converge pour laisser penser que les filles n’existent pas, ou alors seulement dans une autre dimension labyrinthique, obscure, mystique, entretenue dans l’imagination de quatre lézards en feu qui dansent sur une lame de rasoir. Notre fin est proche.

Quatrième hypothèse : les filles existent, mais elles font pipi. Le problème qui se pose ici est d’ordre ontologique : en effet, l’étantité de l’être féminin, en tant qu’il se distingue de l’être par nature tel qu’il se manifeste dans la contingence du monde ek-sistant (au sens grec), ne peut par conséquent se concevoir si son essence ne s’exprime pas dans sa complétude éidétique , mais contrevient au contraire à sa logique transcendantale. Le pipi, en tant qu’il transcende, via l’Idée du pipi, l’Idée de la fille dans le monde intelligible, ne peut s’y associer sans annuler l’être par nature de cette dernière.

Contraposée du corollaire : les filles ne font pas pipi, elles font la queue.

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L’empire des geeks

Mardi, juillet 21st, 2009 | Pensées profondes | Un commentaire

Je me demande encore pourquoi je n’ai pas pensé plutôt à vous faire partager ce texte, que j’ai composé dans le cadre d’un exercice imposé par mes études : l’objectif était de prendre nettement position sur un thème à choisir parmi plusieurs grandes catégories, dont les nouvelles technologies. Après diverses errances sur des thèmes bateaux, j’ai finalement pris le parti de dire, joliment et en enrobant, ce que je pensais vraiment. Et ce que je pense vraiment a plutôt bien sa place ici.

De nos jours, la technologie est omniprésente dans notre quotidien, qu’il s’agisse de l’activité professionnelle ou scolaire, ou de la vie privée. Où que nous nous trouvions, des objets sont là pour nous rappeler l’étroite dépendance que nous entretenons avec les fruits de l’innovation humaine. Dans les dernières décennies, les nouvelles technologies de l’information et de la communication ont envahi le paysage de notre quotidien, et il devient de plus en plus rare que la circulation de données quelles qu’elles soient, se fassent sans elles. Aussi la façon dont nous vivons, dont nous travaillons, dont nous agissons, est déterminée en partie par notre rapport à la technologie.

Or, il existe dans nos société une catégorie de la population qui a fait de cette relation à la technologie une fin en soi, une occupation permanente et une priorité absolue. Désignés sous le terme souvent péjoratif de geeks ou nerds, ces individus se caractérisent par leur passion pour tout ce qui a trait à la science et aux nouvelles technologies. En effet le terme, qui désignait d’abord un passionné au sens large (et généralement quelqu’un qui néglige ses relations sociales au profit de sa passion), s’applique désormais essentiellement aux utilisateurs assidus de l’informatique et de ses réseaux. Connectés en permanence ou presque, les geeks passent l’essentiel de leurs temps sur leur (ou leurs) ordinateur(s) où ils reçoivent, via leur connexion Internet, un flux permanent et volumineux d’information. Dès qu’une nouvelle information, quelle qu’elle soit, se met à circuler sur Internet, ils sont parmi les premiers à la recevoir, et, immédiatement, à la commenter, la véhiculer, la parodier, etc. Ainsi, dans la classification de la participation des internautes établie par l’étude « Social Technographics » du cabinet Forrester, les geeks sont presque toujours dans les derniers niveaux, parmi les critiques et les créateurs de contenus : ils ont donc une utilisation active et productive d’Internet et de ses contenus.

Ce sont donc les utilisateurs par excellence d’Internet, qu’ils consultent chez eux, mais aussi sur leur ordinateur portable, leur téléphone mobile… Leur activité scolaire ou professionnelle est généralement directement liée à cette passion. Le lien avec les réseaux est donc quasi-permanent. De ce fait, ce sont eux qui modèlent le visage d’Internet, grâce à la conjugaison d’un fort attrait, d’une compétence élevée et d’une présence forte. Il est à noter que le sens du mot « geek » ne doit pas se limiter à la caricature de l’étudiant en informatique passant ses journées seul sur son ordinateur sans aucune relation sociale (on parle alors de nolife, « qui n’a pas de vie ») : le geek se caractérise de fait par l’intensité et la qualité de son rapport aux nouvelles technologies. Ainsi, les grands bloggeurs par exemple – par « grands » j’entends « connus et ayant une forte audience » – entrent parfaitement dans ma définition du geek.

Peu visibles dans la vie « réelle », il forment sur Internet une communauté qui s’identifie par un ensemble de références communes, de pratiques et d’habitudes. Cette communauté n’est pas seulement utilisatrice d’Internet mais la reflète, en parle, et questionne la virtualité de cette « vie parallèle » où l’activité, le temps passé, sont pour elle bien réels. Car ce qui se passe sur Internet devient une vie en soi : on y échange, on y apprend, on y partage, et y agir devient une finalité. Ainsi les flux d’information qui circulent au sein de cette communauté n’ont plus pour objet l’actualité, la « réalité », mais Internet lui-même et ses mécanismes. Les échanges entre geeks sont centrés sur une forme de « méta-information », un ensemble de données et de références qui constituent un « méta-Internet. » Par exemple, le webcomic xkcd.com illustre bien cette capacité de la communauté geek à utiliser les références Internet communes et à leur donner un nouveau sens, un nouveau contexte. On observe ainsi plusieurs tendances majeures : celle qui vise à associer plusieurs références, celle qui parodie une référence, et celle qui imagine cette référence dans la vie réelle.

wikipedian_protester Lempire des geeks

Ainsi, dans l’image ci-dessus, on voit une référence au fonctionnement de Wikipédia, avec la mention « citation needed » (« référence nécessaire » en français) qui est utilisé lorsqu’une information présente sur une page Wikipédia est donnée sans source. Ici, le principe est tranposé dans la vie réelle : un orateur s’exprime lors d’un meeting et une personne dans l’audience brandit un panneau contenant la formule « référence nécessaire » − en bleu souligné, comme les liens hypertexte. L’image reprend ainsi un des thèmes majeurs de la culture geek : la comparaison entre Internet et la réalité, sous-tendue par la question « et si ça se passait comme sur Internet dans la vie réelle ? »

Pour un geek, Internet n’est pas un outil, une façon d’accéder à des contenus ; c’est une fin en soi, un « lieu » ; être sur Internet est une activité en soi, quoiqu’il y fasse. De même, par flux d’information, le geek ne veut pas dire : la même chose que dans la vie réelle (presse, radio, télévision), mais sur Internet. Les journaux en ligne, les sites de podcast, etc., sont pour lui secondaires par rapport aux applications Web natives d’Internet, qui n’aurait pas pu exister sans Internet et dont la structure est inhérente à la construction même d’Internet. Le geek se distingue ainsi par son usage d’Internet, même lorsqu’il fréquente les mêmes sites que les utilisateurs « normaux. » Reprenons par exemple le cas de Wikipédia. Une personne normale consultera le site comme elle consulterait une encyclopédie papier, en cherchant une entrée pour y recueillir des informations. Au contraire, le geek n’aura pas ce comportement utilitaire. D’abord, il est souvent contributeur et possède un compte : il s’y rendra en s’identifiant sur le site, comme on consulte sa boîte mail, puis consultera la liste des tâches qui lui sont imparties. Ensuite, il ne viendra pas pour une recherche précise mais par curiosité : il choisira un sujet au hasard (généralement lié à la culture geek), puis ira de lien en lien, et, quelques heures plus tard, aura totalement dérivé de son point de départ. Parallèlement, il peut utiliser Wikipédia comme correcteur orthographique (en recherchant un mot et en vérifiant s’il existe), comme traducteur (en basculant d’une langue à une autre sur la même page), ou encore comme alternative à la conversation (si quelqu’un lui parle de quelque chose qu’il ne connaît pas, il ira voir sur Wikipédia au lieu de demander une explication.) On voit ainsi que les usages sont infinis et sans rapport avec des comportements observables en dehors du virtuel. Les exemples de phénomènes Internet, de contenus typiques, de dérives linguistiques (plusieurs geeks dialogant entre eux sont généralement incompréhensibles à un « profane »), de comportements propres, sont innombrables, mais demeure toujours cette caractéristique : celle d’envisager les NTIC et Internet comme une fin en soi.

En conséquence, le geek se présente comme la catégorie d’individu qui a un usage idéal d’Internet, adapté à sa structure et son essence. Parallèlement, on note aujourd’hui que le virtuel a pris une place croissante au sein de la société, et que de plus en plus d’activité se font exclusivement ou presque sur Internet. Il devient possible de vivre, travailler, se nourrir, se loger, sans sortir de chez soi. L’informatisation des grands organismes, des administrations, des services, s’intègre dans une tendance globale où Internet est devenu vital (car les points d’accès non virtuels ont été supprimés) et où sa suppression signifierait une crise extrêmement brutale de l’activité sociale et économique mondiale. Dans ce contexte, ma thèse est que les geeks détiennent aujourd’hui les compétences qui seront indispensables demain : ils sont les hommes et les citoyens de l’avenir. De la même manière que les premiers hommes ont dû apprendre à survivre dans une nature hostile pour exister, les geeks ont conquis la « jungle » de l’Internet. Ils sont déjà entièrement convertis au virtuel là où même les digital natives font encore leur transition. Il ne s’agit pas seulement de compétence mais du rapport même à ce « monde parallèle », auquel les geeks confèrent une importance et un degré de réalité, d’authenticité, nettement supérieur aux non-geeks. Vivant sur Internet une partie considérable de leur temps, cette dimension n’est pas proprement virtuelle pour eux : leur évolution suit de près la dématérialisation de l’économie et de la société, et sont donc au coeur des enjeux pré-existants aujourd’hui et cruciaux demain.

[ici un paragraphe lèche-cul sur l'intérêt de mes études par rapport au point de vue traité]

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Parole de pangolin.

Lundi, avril 20th, 2009 | Pensées profondes | Un commentaire

desproges Parole de pangolin.

Ceci est un Desproges.

Le Desproges est un mammifère vivant, toujours vivant, qui a pour habitat mon petit coeur (puisque c’est mon père), des postes de radio, des livres à la couverture souple et brillante, des DVD plutôt ronds et le Limousin.

Ici, le Desproges fait une tête de Desproges mécontent.

Il y a quelques années, il houspillait un critique de cinéma qui avait écrit, à propos d’un film, qu’il n’avait “pas d’autre prétention que celle de nous faire rire” et poursuivait en s’exclamant “mais elle est énorme, la prétention de nous faire rire !”

Il va sans dire qu’en foutant sur la gueule de ce critique qui se croyait malin, le Desproges parlait en même temps de sa propre vie. Le Desproges n’a en somme pas d’autre prétention que celle de nous faire rire. Mais pour nous faire rire, il explore et déploie toute la richesse d’une langue à la fois hardie et désuète qu’il titille, essouffle, tord dans tous les sens, sans jamais se départir d’une rigueur stylistique irréprochable. On n’est pas chez Bigard.

Le Desproges est un éternel angoissé, affreusement torturé par l’effort même d’écrire ses textes, qui fait de l’humour l’expression de cette angoisse et le moyen même de la sublimer, comme d’autres combattent leurs névroses en les noyant dans l’encre et en les figeant sur le papier. Il y a dans l’humour progésien (oui, on dit progésien) quelque chose d’existentiel, d’absolument nécessaire, dont la disparition rendrait la vie insoutenable. Il faut rire parce qu’il n’y a rien de plus sérieux, il faut parodier l’existence pour pouvoir la vivre.

Aux sceptiques qui s’indigneront que je le qualifie d’écrivain, je conseille la lecture de son (unique) roman, Des femmes qui tombent, où le Desproges brosse un portrait follement maniaque et absurdement lyrique de la médiocrité de l’ennui provincial - un ennui de piètre qualité s’il en est. Dans cette mélasse de routine et de petites vies sans intérêt, le Desproges entame quelque chose de l’ordre du roman policier qui finit n’importe comment, avec des extra-terrestres, sans explications, et avec des moustiques si je me souviens bien. C’est incontestablement bien écrit et succulent tellement c’est drôle.

En guise de digestif, je vous livre un extrait de ses talents poétiques, avec cette petite pièce de poésie qu’il a humblement mise dans la bouche de sa fille pour en faire passer le goût :

“Je m’appelle Perrine
J’aime ma maman
Elle est pas dans la marine
Pour le moment.”

En conclusion, le seul défaut du Desproges est qu’il n’en existe qu’un. Et c’est foutrement emmerdant.

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A qui avez-vous vendu votre âme ?

Mercredi, avril 8th, 2009 | Pensées profondes | 2 commentaires

Je le sais, je le sens, certains de mes lecteurs tiennent eux-même leur propre blog. Et c’est à vous que je m’adresse aujourd’hui, camarades bloggueurs, pour vous soumettre à ma question et semer le trouble en vous.

Dès son 15e anniversaire passé (on n’est pas sérieux quand on a 14 ans), tout bon internaute sait que Satan s’est établi sur Internet et qu’il s’est incarné dans le skyblog. Le skyblog, outre qu’il est le ramassis de tout ce qui peut être médiocre et insignifiant dans un individu (le fait d’avoir 14 ans et de le raconter), est détenu, on le sait, par Skyrock.

J’en profite au passage que signaler que ce phénomène illustre à merveille une tendance globale du monde des médias, qui est la convergence de ceux-ci. On n’aurait pas imaginé, il y a 20 ans, qu’une radio détiendrait aussi une plateforme de blog. D’abord, y’a 20 ans, y’avait pas Internet. Enfin, si, mais pas pour les vrais gens, seulement pour les gens inconnus et mystérieux qu’on ne connaît pas mais qui sont importants. Et les scientifiques, qu’on ne connaît généralement pas non plus, mais qui sont moins mystérieux - c’est juste qu’on comprend pas ce qu’ils disent. Bref. Aujourd’hui, tout converge, on retrouve tout partout et l’individu est au centre de la relation avec les médias. Plop.

Qu’en est-il alors des autres plateformes de blog ? Vous qui avez juré sur votre première requête Google incluant le mot “pandiculation” que vous n’ouvririez jamais ce 4e skyblog dont rêvait votre petite soeur, à qui avez-vous vendu votre âme ? Voici un petit résumé des forces en présence.

Blogger is watching you.
Blogger fait partie de ces plateformes les plus respectables, que l’on sait fréquentables et purifiées, notamment avec ses thèmes rigides et austères, de kikoololeurs intempestifs. Blogger est cool parce qu’il est bien référencé, parce qu’on peut le combiner avec son compte Picasa et pas mal d’autres choses. Eh oui, forcément, parce que Blogger est détenu par Google, la Firme devant laquelle tremble Satan-Microsoft. Vous croyez être un bloggueur libre ? Souriez, tout est loggué.

Over-blog sur toutes les chaînes.
Over-blog est souvent la première plateforme qu’on va choisir, parce que les copains y sont, et probablement aussi parce qu’il y a le mot “blog” et le mot “over” dedans (comme dans “over-cool”. Avec over-blog, vous avez un over-cool blog.) Il permet diverses choses sympathiques, dont le fait de se faire rémunérer, et l’aspect communautaire est pas mal développé. Cool et en plein dans le 2.0 ? Bienvenue chez TF1. Eh ouais.

MSN spaces - in another dimension.
Les “blogs” proposés par msn.fr ne sont à mes yeux pas des blogs mais une version évoluée de cette “page de profil” associée à votre compte MSN - ou plutôt devrais-je dire “Live Messenger” - qui fait plutôt bien le travail envisagé par le fichier Edvige. Je suis cependant bien forcée de les mentionner (aux côtés des skyblogs, alors) puisque la plateforme est 2e en France derrière celle de Skyrock, suivie de pas trop loin par Over-blog. Mais quel bloggueur utilise MSN spaces ?

Et tous les autres…
Canalblog, TypePad (payant), Hautetfort, Joueb, Wikia… sont généralement détenus par de petites sociétés : ainsi Canalblog est géré par la société Pinacolaweb, qui ne fait que ça ; Hautetfort par Blogspirit. Wikia est une initiative de Wikipédia. Leur défaut est que leur notoriété est forcément inférieure à celle des grandes plateformes, et se faire connaître devient donc plus difficile.

Mais surtout.
Toutes ces plateformes de blog ne vous donnent qu’une maîtrise somme toute limitée de votre blog : interdiction de certains contenus, indépendance potentiellement remise en doute, question de l’hébergeur. C’est gratuit (en général), mais pas pour rien. Souvent, la plateforme insère de la pub sur vos pages. Les possibilités de personnalisation sont limitées.

J’ai eu un ou plusieurs blog(s) sur toutes les grandes plateformes que j’ai citées, et, taraudées par ce problème d’indépendance, j’ai finalement fait le saut du libre et de la démerde en déménageant mon dernier blog en cours (celui que vous lisez présentement, donc) sur mon site, où je peux mettre toutes les horreurs textuelles et graphiques qui me chantent : tout ceci grâce à l’irréprochable moteur de blog WordPress, qui s’installe en quelques clics, se personnalise à l’infini et s’agrémente à volonté de modules (à l’utilité plus ou moins assurée) créés par toute une communauté de développeurs et de bloggueurs, puisque WordPress est aussi et surtout un projet entièrement libre et communautaire.

Si j’avais eu une âme, eh ben maintenant, j’aurais pu la racheter.

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Sarkozy, “Sarko-nazi” ?

Mardi, décembre 2nd, 2008 | Pensées profondes | 6 commentaires

Dans le clan des gauchistes, où mes pas me ramènent toujours, il est de bon ton de charger notre président Nicolas Sarkozy de dérives totalitaires ou d’affinités avec le fascisme multiforme, ne serait-ce que pour le plaisir de la pratique du point Godwin. Le mot n’est pas toujours prononcé, mais c’est le discours sous-jacent que l’on devine à peu près chaque fois qu’il est question de cet individu à la triste figure. Je n’aime guère Sarkozy, mais j’aime encore moins les exagérations. Mes années de khâgneuse m’ont dotée d’une psycho-rigidité face aux concepts philosophiques et politiques qui frise généralement la crise maniaque, et j’aime que les centaines, les milliers de pages que j’ai pu lire sur la question épineuse du totalitarisme n’aient pas été tournées en vain.

Je suis donc allée me rafraîchir la mémoire avec la définition en 5 points du totalitarisme formulée par le politologue Carl Friedrich dans les années 1950, largement nourrie des réflexions d’Hannah Arendt. Je me propose donc de regarder un peu ce qu’il en est aujourd’hui, en détaillant ces cinq points.

1- Un parti unique contrôlant l’appareil d’État et dirigé par un chef charismatique.
D’emblée, la réponse n’est pas évidente. La France est bien évidemment dotée d’institutions démocratiques qui garantissent le pluralisme politique et autorisent l’existence de partis d’oppositions. Les organes du pouvoir sont élus directement ou indirectement, et le chef d’Etat recueille les voix du peuple par le biais du suffrage universel direct. Ce sont des faits.
J’ajouterai également que le Président nomme son gouvernement et son Premier ministre : ces gens-là ne sont pas élus.

Cependant, on observe par-ci par-là une suspicion croissante face aux performances institutionnelles de la Ve République dont la constitution fut, rappelons, taillée sur mesure pour son fondateur le général de Gaulle. Parmi les événements récents qui ont fait croître cette suspicion, il y a la réforme constitutionnelle de 2008, qui fait tomber des symboles forts, en autorisant notamment le Président à s’adresser aux députés et au sénateurs dans les hémicycles (affaiblissement de la séparation entre pouvoir exécutif et pouvoir législatif, danger pour l’indépendance de ces pouvoirs.) Il faut également mentionner les coupées franches effectuées les mois passés par notre Garde des Sceaux, lesquelles rendent justifiables, pour le moins compréhensibles, les inquiétudes d’un petit nombre en ce concerne le système judiciaire.

Qui plus est, on est bien forcé de constater que si l’opposition politique n’est pas réprimée, censurée, persécutée… elle est grosso modo inexistante. Ce ne sont pas les cendres du PS, ni les gesticulations du centrisme, qui peuvent aujourd’hui faire figure de partis d’oppositions. Quant aux extrêmes, on ne les interdit plus, mais on fait pire : on s’en fout. Globalement. Si je peux donc formuler une inquiétude, c’est effectivement celle de la montée en puissance d’un monolithisme politique, où les pouvoirs se concentrent peu à peu au main d’un petit groupe d’individus - le gouvernement - qui n’ont pas été élus, eux.

(Je note ici, entre parenthèses parce que ça ne me paraît pas pertinent, que Napoléon et Hitler ont été élu par le peuple. Ce que je ne veux pas dire, c’est que Sarkozy est un dictateur parce qu’il est arrivé au pouvoir par le même biais qu’eux. Mais le fait qu’il ait été élu par les suffrages populaires ne garantit son honnêteté, disons.)

Enfin, pour ce qui est du pouvoir charismatique (élément absolument crucial des régimes totalitaires), je crois que nous pouvons être tranquilles. Si Sarkozy a connu son état de grâce, et qu’il est doté de talents de communicant particulièrement frappants (croyez-moi, c’est mon “boulot” la com’ !), il est désormais bien loin de déchaîner les foules en délire par une rhétorique foudroyante et d’asseoir son pouvoir sur cette forme dégénérée de sainteté qu’est le charisme. Ouf.

2- Une idéologie d’État promettant l’accomplissement de l’humanité.
Pour le coup, je sèche. Je conçois que la question du pouvoir d’achat préoccupe plutôt fortement le “bon peuple de France”, mais nous n’avons rien de grandiose avec spectacle sons et lumières. Exit les idéologies, place à l’argent.

3- Un appareil policier recourant à la terreur.
Ici, les informations nous manquent. Les médias officiels font rarement étalage des dérives policières, et je ne sais pas distinguer la vérité des exagérations dans les médias comme Indymedia que j’aime pourtant à lire en temps de grève. Des éléments incontestables me viennent cependant à l’esprit et vont, je suis bien forcée de le constater, dans le sens de ce point :

- d’une part, on constate un renforcement global de l’appareil policier, censé rassurer le bon peuple (toujours le même.) Souvenons-nous que Sarkozy a fait sa réputation sur le thème de l’insécurité. Evoquer ce thème et faire campagne dessus, avec force confirmations des médias, c’est susciter la peur au sein des masses (je ne crois pas que ce soit une contrepèterie), jouer avec cette pulsion et instaurer, qu’on le veuille ou non, un climat de terreur. Je ne parlerai pas de l’épisode du “kärcher”, qui n’est à mes yeux qu’une grotesque polémique sur un mot, mais je souhaite cependant souligner que c’est sur ce thème que notre actuel président s’est fait connaître. Aujourd’hui encore, le récent épisode de l’introduction du Taser, et les divers remaniements policiers, refont surgir l’image du “flic Sarkozy.”

- d’autre part, j’ai malgré tout le sentiment d’une multiplication des dérives policières. Autour de moi, je ne cesse d’entendre parler de jeunes, d’immigrés, de militants, victimes d’abus flagrants. Outre mes exemples personnels, j’ai bien évidemment en tête cet exemple qui commence à faire scandale dans les médias autour de l’arrestation de Vittorio de Filippis, ancien rédacteur en chef intérimaire du journal Libération. La circulation plus ou moins officielle de ce genre de dérives introduisent une méfiance qui va jusqu’à la peur, selon notre positionnement sur le spectre qui va du “bon sarkozyste” au “révolutionnaire activiste” ou au sans papier, pour le dire brièvement.

Alors quoi, les SS arrivent ? Soyons bien clairs, je ne dis pas cela. Si des forces para-militaires, des milices, se formaient (et je préfère ne pas commencer à mettre la BAC dans ce sac), le pouvoir aurait tout intérêt à communiquer sur le sujet pour parvenir à ses fins (qui pourraient être, par exemple, mettre fin à la délinquance par l’exercice de la terreur.) Je me permets donc de déduire que nous n’en sommes pas là. Et j’en suis la première réjouie.

4- Une direction centrale de l’économie.
Sur ce point, je me dois de faire l’impasse, mes connaissances étant insuffisantes dans ce domaine. Mais à ma connaissance, l’entreprenariat français se porte bien et bénéficie d’une indépendance rêvée. Vive le néo-libéralisme.

5- Un monopole des moyens de communication de masse.
Nous en venons au point qui inquiète même les moins suspicieux. Les preuves de la complaisance des grands groupes médiatiques à l’égard de Sarkozy sont de plus en plus nombreuses. Cette complaisance induit-elle un monopole ? Pas vraiment. Mais tout de même. Lorsque nous raisonnons en terme d’audience, les médias traditionnels (presse, radio, et surtout télévision) sont très largement majoritaires. Et ce sont, sans surprise, les canaux les plus suspicieux qui font le plus d’audience : à simple titre d’exemple, TF1 rassemble de manière constante près de 30% de l’audience télévisuelle. Ce chiffre que j’ai découvert récemment me terrifie, quand je songe à quel point cette chaîne est l’archétype de l’abrutissement, du dénigrement de la culture, le découragement de tout esprit critique, et naturellement de cette complaisance dont je parlais plus haut.

Alors, monopole ? Si d’autres médias existent, mais que la part de la population qui les consulte est dérisoire, peut-on toujours parler de liberté des médias ? La télévision, qui absorbe en moyenne 3h de l’attention des foyers *par jour*, et fut conçue au départ comme l’organe du gouvernement, ne peut-il pas être perçu comme un médium d’asservissement volontaire à une information monolithique ? Là encore, je ne peux me permettre de trancher sans sortir de ma tentative d’objectivité, mais, là encore, je m’inquiète. Je n’ai plus de télévision chez moi depuis que je vis seule, et me retrouver face à un écran et les contenus qu’il diffuse me terrifie littéralement.

Je peux cependant affirmer sans ciller que la liberté des médias est entamée aujourd’hui, lorsque je vois que les actions judiciaires menées contre des journalistes ne cessent de se multiplier. Et je compte beaucoup sur les médias indépendants et alternatifs pour maintenir une vraie information.

Alors, Sarko-nazi ? Trois des cinqs points qui définissent le totalitarisme sont présents, dans une intensité qui n’est pas comparable aux vrais régimes totalitaires. Vigilance ou paranoïa ? Depuis que nous avons identifié les formes totalitaires, nous ne cessons de craindre leur retour et de le voir poindre partout. Est-ce de la lucidité, est-ce que ce j’ai identifié n’est que le début ? Ou une sorte de psychose à plusieurs. Visiblement, il va falloir attendre que l’avenir nous le dise.

Quant au nazisme, ah ça non ! On n’arrive pas comme ça à la cheville d’Hitler. Ce n’est pas à la portée du premier nabot venu que d’accéder comme ça au niveau de raffinement et d’élégance sophistiquée du Troisième Reich, et j’ai le temps de vieillir avant de voir enfin venir la Troisième.

Non ?

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Logique informelle

Mardi, novembre 25th, 2008 | Pensées profondes | Pas de commentaire

Ce texte est un exercice de style dans l’esprit des cacopédies d’Umberto Eco.

Durant des siècles, la science n’a fait que tâtonner à la recherche d’elle-même avec un certain obscurantisme qui ne redorait guère son blason face à la religion sa rivale. Par un dogmatisme extrême qui la présentait comme l’unique détentrice de toute vérité, rationnelle ou non, elle s’est égarée dans un conservatisme qui lui ruina bientôt toute crédibilité.

De nos jours en revanche, la science a intégré le doute à l’intérieur d’elle-même : elle se sait précaire, provisoire, et ne croit à ses théories que par une sorte de convenance selon laquelle il faut bien, par exemple, accepter l’arbitraire du langage pour pouvoir communiquer. Bien au-delà du doute cartésien, l’incertitude s’érige en principe et la science impose la reconnaissance de sa propre ignorance.

Il fallait donc bien élaborer un mode d’expression qui reflétât cet anti-dogmatisme généralisé, tout en ramenant la recherche scientifique à quelque chose de plus spontané et de moins conventionnel.

Aussi fut créée au début du siècle dernier, la logique informelle, qui autorisa les scientifiques à exercer leur activité même en short et en tongues, tout en leur donnant un support de réflexion adapté à des recherches pour ainsi dire avant-gardistes.

Comme chacun sait, la logique traditionnelle, ainsi que la métaphysique qui l’accompagne, a pour point de départ le principe de non-contradiction, selon lequel, pour une proposition P, P=P. On se réfèrera ainsi à Métaphysique, gamma 4, où Aristote démontra avec virtuosité qu’un homme ne peut être un cheval ni une plante.

La logique informelle, grande invention de la modernité s’il en est, a fait fi de ces conceptions dépassées et absconses non sans être inspirée par Platon qui démontra avec tout autant de virtuosité qu’un homme est assimilable à un poulet plumé.

Le principe de la logique informelle n’est donc plus celui de la non-contradiction mais de l’esprit de contradiction, qui s’informalise dans l’expression suivante : P=P, ou pas.

De ce principe premier découle un certain nombre d’outils mathématiques tel que le théorème de la théologie, qui affirme que “Dieu existe, ou pas”, et s’accompagne
- de sa réciproque, “Dieu n’existe pas, ou peut-être que si”,
- de sa contraposée, “Dieu est peut-être un spaghetti volant”
- et de son corollaire, “D’ailleurs, on s’en fout.”

La logique informelle a bien évidemment renouvelé de grands principes auparavant considérés comme irréfutables : ainsi le principe d’Archimède a été remplacé par le principe de Claude François, selon lequel tout corps plongé dans l’eau, entièrement mouillé par celui-ci ou traversant sa surface libre, subit une force qui le pousse à sortir de sa salle de bain, ou pas.

Le principe de l’esprit de contradiction est également à l’origine des lois de Murphy, à travers la proposition suivante : “ce qui se produit, se produit, sauf si c’est une bonne chose.”

Par ailleurs, la logique informelle est en parfait accord avec le fonctionnement général de l’informatique - réalité par excellence du monde moderne - comme le montre la proposition suivante : “l’ordinateur démarre, ou pas.”

La logique informelle s’est étendue à tous les domaines de la culture humaine, jusqu’à devenir une logique de vie. Dans sa dimension philosophique, la logique informelle applique cette affirmation informelle :

Ne soyons pas formels, rien n’est certain, et sur le fond, la forme, on s’en fout.

Ce qui, je suis formelle là-dessus, est d’une fécondité rare.

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Mai 68 ou l’avènement de la coolitude de gauche.

Lundi, novembre 24th, 2008 | Pensées profondes | Pas de commentaire

Il y a quelques temps, tandis que je rêvassais paisiblement dans l’habituel comatorium de Sciences Po (salle de cinéma équipée de fauteuils moelleux, le tout dans une lumière tamisée), un monsieur gigotait sur une estrade, enthousiasmé par la « plate-forme marketing » d’Apple. J’étais perdue dans une 42e dimension peuplée de pangolins télépathes et de rats Jedi quand le monsieur qui parle, là, me tira de ma torpeur : « L’une des caractéristiques qui fait le succès d’Apple aujourd’hui auprès des jeunes, sa cible principale, est sa coolitude. »

Et là je m’exclamai (intérieurement, pour par réveiller les autres) : « mais c’est bien sûr ! »

La coolitude est un concept fabuleux, parce qu’absurde, parce que c’est un anti-concept. C’est vrai quoi, les concepts, ce sont des choses sérieuses, comme les cours de la bourse ou la comptabilité en entreprise. Comme l’ontologie transcendantale ou les amphibologies de la raison pure. Des choses sérieuses, quoi. Alors que la coolitude.

La coolitude est précisément le fait de ne pas être sérieux, c’est l’archétype même de « l’anti-relou. » La coolitude est le propre de celui qui ne fait « pas son daron », qui ne « fait pas iéch grave (sa mère) » Être cool, c’est, pardon Kundera, pardon mes années de khâgne, incarner avec une scandaleuse désinvolture l’insoutenable légèreté de l’être.

« Un mec cool, tu vois, c’est quelqu’un qui se prend pas la tête. » (disait mon frère, un autre mec cool) Un mec, tu vois, frangin, qui n’imagine pas des concepts comme la coolitude. Conceptualiser ce qui rend les trucs cools, c’est comme expliquer une blague : c’est pas cool, mec.

Alors, évidemment, quand on m’a parlé de coolitude, je n’ai pas pensé à Apple. J’ai pensé à mai 68. Et c’est bien vrai, si on y réfléchit. L’essence de cette joyeuse révolution de d’jeunes m’avait frappée lors d’une conversation avec mon père, qui, l’enfoiré, avait mon âge en 68. Au moment de ce coup de fil, je faisais mes premières armes dans la rue, et même des manif’ sauvages, j’étais trop ouf dans ma tête quoi, sa mère. Et mon père ne m’avait pas du tout demandé pour quoi je militais, en quoi j’estimais que ma cause était juste, l’avis que je me faisais sur la portée éventuelle du mouvement. Il m’a dit :
« Et alors, c’était cool ? »

Un nouveau pan de la réalité s’ouvrait à moi.

Il disait juste. Qu’a-t-on retenu de mai 68 ? Les accords de Grenelle, la contestation politique, le passage de revendications qualitatives à des revendications quantitatives, l’échec du mouvement ? Non, ce qu’on retient, ce sont les slogans utopistes, les tee-shirts Che Guevara, les expos photos des jeunes rebelles, le bac accordé à tout le monde, les phrases comme « la jeunesse dans la rue », bref, toute cette poésie merchandisée et facile qui fait l’essence même du cool.

Dans mes livres d’histoire, dont la seule couverture ne laissait aucun doute sur leur anti-coolitude, les révolutions se faisaient dans le sang et les balles, avec des morts, des grèves où on mangeait des rats parce qu’on n’était pas payé à se faire mitrailler, où on mettait sa vie en jeu pour pouvoir avoir le droit de passer moins de 16 heures à la mine, genre.

Alors que moi, hein, si on refait mai 68, vous pouvez crever pour qu’on mange ma rate. On chantera du Brassens et du Tryo, et on jouera de la guitare en fumant des oinj’, on brûlera des McDo mais pas trop, j’veux pas crâmer ma veste, et on se couchera super tard, parce qu’on est des révolutionnaires cools, nous.

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Machin qui sert à rien.

Truc qui sert à rien non plus (mais qui est marrant quand même.)

Latest on Fri, 12:07 am

Julien: Bonjour je suis le dépanateur, je viens pour te déboucher le tuyau et je suis nu sous mon bleu de travail

Who: Pangolin d'igloo! ♥

dafeen: ouais salut c'est pour déboucher le tuyau, parce que si tu tombes en rade de batterie, le blog est down. et nous on veut pas [...]

Dus: Fake !

AlexAxe: Greatings, Thanks for article. Everytime like to read you. Have a nice day AlexAxe

Anankè: Je ne suis pas méchante, voyons, je suis lucide.

David: Mais, mais... Pourquoi es-tu si méchante?

Phiip: Ah, c'est marrant ce machin.

GlenStef: Hello, I have already seen it somethere... Thank you GlenStef

sebastien: Je viens de découvrir ce blog qui me semble fort sympathique, mon blog; sebousk.over-blog.com A bientôt ? ;-)

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Bidule pour faire joli.

Calme. Linge Vue de Torcello P7140009 Les galets PC280016 P4090017 Immeubles